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dimanche 6 septembre 2015

Nouveau virage du Blogue

Après 4 ans de présence sur la Toile, plus d’une centaine de billets publiés devant une communauté ayant franchi le cap des 37 000 internautes, le Blogue de Samuel Samson fait peau neuve en déménageant sur le site web de son auteur, sous l'onglet « Blogue » au www.samuelsamson.org et en retirant de la circulation les plus vieux articles qui demeureront accessibles sur demande ou partiellement archivée sur l'ancienne plateforme Blogger au www.samuel-samson.blogspot.com.

Ce nouveau virage intervient pour stimuler une plus grande convergence des idées et des interactions au sein de la communauté web à laquelle je vous convie, pour échanger ensemble, dans le cadre d’un dialogue que je souhaite des plus constructifs !


Au plaisir du partage fraternel,



Samuel Samson

P.S.: Notez que les articles les plus anciens doivent être appréciés au tempérament d'une certaine modération et ne reflètent plus nécessairement la pensée de l'auteur, ceux-ci devant être considérés comme des positions ayant ponctué et contribué au cheminement, à l'évolution, à l'articulation et surtout au raffinement du raisonnement de Samuel Samson ; les publications les plus récentes faisant foi de la pensée la plus actualisée et la plus fidèle de leur rédacteur, dans un souci constant de transparence et de cohérence.

jeudi 12 février 2015

« En français ! »

« On est colonisés si on pense qu’on est colonisés, on est une minorité si on pense qu’on est une minorité. »
 - Pierre E. Trudeau

La verve d’un politicien aspirant aux commandes d’un parti déjà taxé d’obsolescence, alors qu’il aurait insolemment réclamé une chanson en français pendant un spectacle anglophone présenté par un festival de musique émergente, en Abitibi, aura eu des échos bien au-delà des congères et des épinettes qui esseulent le pays de Richard Desjardins de la vallée du Saint-Laurent en cette saison hivernale. Ces propos en auront choqué plus d’un et ce, à juste titre.

De deux choses l’une.

D’une part, considérant la position privilégiée qu’aura occupé – et que maintient, défiant toute éthique - le principal intéressé, à la tête du premier empire culturel de la province, pour ne pas dire du pays ; il est saisissant d’assister à la spectaculaire conversion – c’est le cas de le dire – du célèbre homme d’affaire en chantre d’un joual altier, alors qu’hier encore, son entreprise se faisait la promotrice, à ses heures, d’une culture populaire aux saveurs anglo-saxonne et fortement américanisée.

D’autre part, cette manifestation de la perpétuation du dogme du nivellement par le bas et de l’intégrisme linguistique caractéristique de la vieille garde du mouvement sécessionniste québécois ne peut être que déplorée, celle-ci ne nuisant qu’à la cause du français. Pourquoi ? Simplement parce que parler une langue, c’est penser en cette langue et par conséquent, non seulement la connaissance de plusieurs langues est-elle cumulative, mais plus encore, celle-ci ne peut forcément qu’ouvrir les horizons et élargir la pensée. La plus grande menace pour le français en Amérique du Nord ne vient pas de l’anglais, mais bien des francophones eux-mêmes. De nombreux exemples de par le monde ont démontré comment il était possible de vivre, de se développer et de s’épanouir même en milieu minoritaire – je pense ici notamment aux minorités syro-libanaises du Moyen-Orient, francophones et chrétiennes dans un univers arabophone et n’en ayant pas moins formé des élites culturelles et économiques partout où elles ont essaimé ou encore, plus près de nous et ici-même, à la situation des francophones hors-Québec qui démentent jour après jour les pronostics d’acculturation, sachant réinventer et ouvrir leurs communautés à l’aune contemporaine de l’exogamie, de l’immersion, de la francophilie, de l’immigration interprovinciale et internationale et d’un renouveau culturel inspiré par la confluence de leurs riches patrimoines culturels. Enfin, cette apologie d’une mentalité dépassée ne fait que susciter la rébarbativité, voire le dégoût, chez beaucoup, à l’endroit du français et de l’image archaïque de la réalité francophone qui s’en dégage. Bref, loin d’être favorable au français, ce genre d’attitude de peuple né pour un petit pain nourrit plutôt le déclin de la langue et de la culture qui y est associée. Plutôt que de limiter restrictivement l’expression culturelle des autres et d’entraver l’évolution naturelle et normale des cultures  - y compris de l’inévitable métissage qui en découle – l’on doit promouvoir positivement le français et les cultures qui s’y adjoignent, de même que s’assurer du progrès dans un esprit de continuité et de perfectionnement.

Que l’on se comprenne bien. Loin de moi l’idée de vouloir minimiser les défis criants auxquels se confronte la diversité culturelle en ce siècle de plus en plus marqué par un certain hégémonisme, au grand dam des disciples d’Orwell.

Que l’on se comprenne bien. Loin de moi l’idée d’oblitérer l’épée de Damoclès qui balance l’ombre du spectre des comminations sur un futur qui pourrait ne pas être. À cet effet, je n’ai d’ailleurs jamais manqué à coups d’essais, de mémoires et d’articles, d’appeler un chat un chat, de mettre en garde, de faire état d’une acculturation – ou plus justement d’une mutation culturelle - d’ores et déjà soutenue et de proposer les avenues de solutions positives et réalistes qui selon moi, s’imposaient et s’imposent encore, de toute évidence. Néanmoins, au chapitre de ces constations, il convient de prendre garde à ne déifier toute identité culturelle ; en reconnaissant les facteurs évolutifs et adaptatifs qui en sont le ferment, en demeurant pleinement conscient de cette essence commune au genre humain et en se gardant d’entraver éventuellement l’avènement souhaitée d’une humanité fraternelle, renouvelée et augmentée. Il convient également, de façon plus utilitaire, de discerner les écueils de la recette gangrenée d’une identité fabriquée, dans les années 1960, sur les cendres de la consubstantialité de sa véritable nature assise sur le socle d’un projet pancanadien, aseptisée de la saveur de ses valeurs, claustrée dans le dogme de son infaillibilité et fermée à tout progrès. L’héritage de la Révolution tranquille et des années qui ont suivi est incommensurable, mais gardons à l’esprit qu’il s’agit justement d’un héritage et non d’une fin. 

Je suis pleinement en faveur de la valorisation de la culture francophone au Québec dont je suis un grand défendeur, néanmoins, j’essaie toujours de comprendre en quoi le fait de parler, de chanter, de déclamer, de discourir ou de réserver à quelque autre usage l’emploi d’une autre langue dans les rapports privés viendrait-il limiter l’expression et l’affirmation de la langue de la majorité ou de n’importe quelle autre langue d’ailleurs. Le raisonnement est également valable pour la pratique religieuse.

Les tendances sont irréversiblement à la mondialisation et partant, à la communion de la diversité en une unité. Considérant que les cultures sont le fruit de l’évolution de communautés ayant prospéré isolément, mais aspirant aux mêmes desseins d’épanouissement, à travers des fonctions semblables et considérant que la révolution technologique d’un monde globalisé abolit les frontières de la réclusion, il devient inévitable d’évoluer vers une forme commune. Et dans la mesure où les différences culturelles ont souvent incarné l’instrument de la discorde, l’on ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, ce type de transformation ne devra pas se faire au prix d’une invasion attentant à l’unicité de chaque être humain et à la richesse de chaque culture offrant la richesse de leur univers et représentant autant de perspectives uniques qui ne peuvent qu’enrichir la pensée et l’identité de l’humanité. En fait, en aspirant à l’unité, il faut tenter de concilier diversité, dialogue, métissage constructif et progressif et unicité personnelle des individus et, dans leur somme, des sociétés.

Toutefois et de façon plus pragmatique, dans le cas du Québec d’aujourd’hui, il faut retourner à nos racines en éprouvant, sans amertume, notre identité réelle et profonde. Il faut se regarder tel que nous sommes réellement et cesser d’entretenir le mythe tacite d’une certaine supériorité qui s’appuierait sur une différence linguistique inaliénable et la haine d’un envahisseur devenu imaginaire. Il faut cesser de s’abrutir aux limites de frontières provinciales dessinées sur un bout de papier. Il faut cesser de réprimer l’expression de la liberté et de l’identité de ceux qui peuvent avoir un vecteur d’expression linguistique, religieuse ou culturelle différent à celui de la majorité, qui si elle s’assume pleinement, ne devrait pas craindre son prochain avec lequel elle partage pourtant intimement et foncièrement les mêmes rêves et les mêmes ambitions. Il faut cesser de flétrir la dimension spirituelle de l’être humain. Il faut intérioriser ces valeurs dont on s’enorgueillit. Il faut cesser de plaindre le sort funèbrement visualisé d’une langue qu’on cloître jalousement aux retranchements d’un village gaulois, aveuglant la fécondité des terres au-delà des barricades. Il faut cesser de réécrire l’histoire en mettant l’accent sur des malheurs décontextualisés et en omettant cette grande épopée canadienne-française qui fit la fierté et la renommée de nos ancêtres. Il faut se rappeler qui nous sommes, la fonction de l’histoire étant justement de comprendre le présent, pour mieux bâtir l’avenir, mais il faut cesser de vivre dans la nostalgie du passé et river résolument nos regards vers demain.

Pour conclure sur une note allégée, tant qu’à parler de langue, il m’est revenu en mémoire de délicieux extraits de la chronique « Le journal au foyer », tiré de Propos canadiens de Mgr Camille Roy - premier critique littéraire canadien d’expression française, ancien recteur de l’Université Laval, cofondateur de la Société du parler français au Canada et ancien président de la Société royale du Canada que je tenais à vous partager, tant ceux-ci demeurent brûlant d’actualité un siècle après leur parution. Fait amusant, le journalisme canadien [comprendre ici canadien-français, en particulier dans un contexte québécois], y est notamment dépeint comme un « évangile politique ».

« Le journaliste, on l’a bien assez dit, est partout une grande puissance ; c’est une cinquième roue devenue nécessaire au char de l’État. On ne peut guère gouverner sans lui, et l’on ne peut, sans lui, préparer ni conquérir l’avenir.

Le journalisme canadien, malgré ses très manifestes imperfections, ne peut donc pas ne pas être lui-même une partie essentielle de notre machine politique.

Il suffit, pour se faire quelque idée de son influence sur l’esprit de nos compatriotes, de voir avec quelle avidité, dans nos villes, au coin des rues, sur les places publiques on se dispute le dernier numéro que le petit crieur annonce aux passants.

[...] C’était par le journal, et pour les grands comme pour les petits, la révélation progressive de l’âme elle-même de la patrie, s’exprimant par la bouche des orateurs ou par la plume du journaliste, et emplissant peu à peu notre tête et nos esprits de sa douce et prestigieuse image.

[...] C’est donc le journal qui initie l’électeur à la vie publique ; c’est lui qui allume et attise toutes les passions politiques du citoyen; c’est lui qui dicte au peuple ses jugements, et qui lui fait connaître tour à tour les hommes auxquels il serait imprudent de commettre la chose de l’État.

Et en quelque pays que l’on se transporte, et où l’on étudie l’action du journal, c’est toujours le même spectacle que l’on observe, et la même conclusion qu’il faut tirer. On a d’ailleurs épuisé déjà toutes les formules laudatives dans lesquelles on a essayé de saisir, et de concentrer, comme pour la faire saillir ensuite et briller d’un plus vif éclat, la gloire du journalisme; et l’on revient invariablement à cet axiome : le journal est une force, et la plus grande qui soit en nos modernes sociétés.

Une chose varie avec les pays et les climats, c’est la qualité du journal. Et dans notre pays neuf, et dans notre climat froid, il ne faut pas s’attendre à rencontrer le journalisme le plus parfait et le plus rempli de vie chaude et féconde. Si l’on excepte les crises électorales et politique qui font affluer dans les colonnes du journal des torrents de prose enflammée et criarde, on reconnaîtra volontiers que notre littérature politique, que la littérature des journaux est plutôt indigente, et que trop souvent elle ne se couvre guère d’autres couleurs que du rouge ou du bleu dont le rédacteur a teint son drapeau.


[...] Mais il y a une sorte de journalisme que notre inexpérience même ne saurait excuser. C’est le journalisme qui semble vouloir user de tous moyens pour faire sa clientèle nombreuse et payante, qui se livre aux réclames impudentes, qui raconte les immorales turpitudes de la vie quotidienne, qui joint au sérieux le plus grave le grotesque le plus ridicule. C’est le journalisme à images folles ou stupides, barriolé de je ne sais combien de couleurs, et qu’on appelle le journalisme jaune. Ce journalisme-là est le plus détestable qui soit, et il semble se donner pour mission de corrompre et de gâter le goût des lecteurs.  [...] »

jeudi 15 janvier 2015

Ces faux musulmans de l'État islamique

Des semences de la haine, ne peut que germer la discorde et des germes de la discorde, ne peuvent fleurir que les conflits, pour ultimement fructifier en une haine augmentée.

      Les attentats comme ceux perpétrés à Ottawa l’automne dernier ou en France en ce début d’année 2015 nous confrontent, en tant qu’Occidentaux autrement engoncés dans un rutilant sentiment de sécurité, couronné par cette impression héroïque de participer à la consolidation d’une paix par une action présumée salvatrice, à la montée d’un certain intégrisme religieux, plus récemment exacerbé par l’ascension fulgurante et assassine de l’autoproclamé « État islamique » assorti de son tout aussi bancal, mais non moins vénéneux calife. D’emblée, l’on ne peut que décrier la nature de ces attentats et se joindre aux deuils de la France et des familles éplorées.


     Pour un croyant, sans égard à son affiliation religieuse ou idéologique, la liberté d’expression doit revêtir une dimension sacrée, à l’instar des autres libertés fondamentales traduisant le libre-arbitre d’une âme, fraction divine à l’image de Dieu chez les tenants de la tradition abrahamique, part de Dieu chez les traditions orientales et faisant figure d’apanage naturel, inaliénable et congénial de toutes âmes incorporant toutes consciences et duquel il ressort que tous naissent égaux en dignité et en droit, libres de leurs choix et de leur destin à travers l’attribut justement divin de leur âme. Or, pour être tangible, le libre-arbitre doit s’asseoir sur l’exercice indissociable du discernement réverbérant l’évolution de l’être humain.

     Personnellement et bien que je mentirais en me faisant passer pour un lecteur assidu du Charlie Hebdo, j’ai parfois trouvé que ce magazine avait marqué quelques bons coups avec humour, mais j’ai souvent ressenti un malaise devant beaucoup de ces caricatures irrévérencieuses dépeignant autant de figures religieuses juives, chrétiennes ou musulmanes avec un arrière-goût fielleux, potentiellement offensant pour les milliards d’adeptes de ces religions. Par ailleurs, je garde en mémoire cette une de 2010 représentant un Haïtien embourbé tête la première dans un amoncellement d’immondices, les jambes tenaillées entre deux éboueurs personnifiant respectivement les Etats-Unis et la France. Si, sur le fond, les idées véhiculées par Charlie Hebdo peuvent par moment relever quelques relents d’évidences incontestables, il n’en demeure pas moins que sa façon de l’exprimer, même avec humour et même en tenant compte des caractères inexpugnable et inaliénable de la liberté d’expression, demeure blessante, portant les germes du dissentiment et de toutes ses dérives dont l’expérience humaine s’est révélée particulièrement faste. Enfin, à cet égard, les seuls vrais juges demeureront toujours les artisans du Charlie Hebdo ou de tout autre médium pour ses idées, en leur âme et conscience, devant présider à l’exercice de leur discernement.

     Dans tous les cas, rien n’excusera ou ne justifiera jamais le recours à quelques formes de violence, à l’endroit de soi-même ou de son prochain. Plus particulièrement, la foi, en quelque idéal que ce soit et à plus forte raison en un Dieu d’Amour et de Miséricorde, oblige ses loyaux à transcender l’ascendant humain dans tout ce qu’il a de plus universellement perfide, dont la violence instinctivement réprouvée par l’être humain en son âme et conscience, pouvant obstruer l’avènement de cet idéal.

     Plus généralement, la meilleure façon de prévenir la barbarie et de se prémunir contre des attentats de la même engeance que la menace terroriste planant sur l’Europe et l’Amérique du Nord ces dernières années, c’est de comprendre la racine du problème jusque dans ses ramifications les plus lointaines. Or, au premier chef s’y dissimule peu subtilement ce fameux État islamique autoproclamé et étendant chaque jour davantage l’empire de ses tentacules meurtrières – aux sens propre comme figuré – dénaturant chaque jour davantage l’essence de l’Islam ; un maléfice pernicieux dont les premières victimes sont, au premier degré les populations locales et au second, les musulmans du monde entier, fidèles à l’esprit des enseignements de Mahomet. Nonobstant cette alarmante réalité, les exactions posées au nom de Daesh tendent tristement à s’assimiler, aux yeux d’une proportion notable de l’opinion publique occidentale, à l’Islam où à être imputés au dos bien large des religions en général.

     La genèse de l’État islamique prend racine, d’une certaine façon, en la conversion de l’empereur Constantin, à Rome, en 312 ou en 337, alors que s’officialise progressivement le christianisme au sein de l’Empire romain, rendant du coup l’Église vulnérable à la férule de l’Empereur. Plus de deux siècles plus tard, en 553, l’empereur Justinien convoquerait le deuxième concile de Constantinople, au détriment de l’opposition papale. Ce concile œcuménique se révèlera plus tard névralgique, au chapitre de ses conséquences, puisqu’il condamnera, entre autres, les thèses de la métempsycose (antérieurement admises en toute compatibilité avec le dogme de la résurrection, peut-on penser) et des nestoriens, courant chrétien issu des idées jugées hérétiques du patriarche de Constantinople Nestorius, gagnant alors en notoriété en prenant des propensions notables. Or, plusieurs sources tendent à étayer la thèse selon laquelle les nestoriens auraient prédit la naissance à venir d’un prophète pour évangéliser l’Arabie, thèse que soutiendraient d’ailleurs les écrits apocryphes d’une bible âgée de 1 500 ans retrouvée en Turquie ces dernières années. Ce faisant, la pensée nestorienne exercera une influence considérable sur l’évolution de la pensée de Mahomet, né 17 ans plus tard.

     Alors que le christianisme se sera répandu rapidement depuis Jérusalem jusqu’au pourtour méditerranéen et aux pieds de l’Himalaya ; pour sa part, Mahomet interviendrait dans des contextes historique et géographique précis, pour la conversion des peuples pastoraux et analphabètes de l’Arabie polythéiste du VIIe siècle à laquelle son action se limita, à peu de choses près, sa vie durant ; et d’où ses successeurs lancèrent l’épopée des conquêtes musulmanes. Le Coran serait pour sa part transcrit bien des années après la mort de Mahomet, alors que perdurait une tradition orale.

     Dans cette même veine, sans vouloir attenter à l'intégrité de la sainteté affirmée du Coran, il demeure permis de se questionner, en toute rationalité - l'expérience humaine étant ce qu'elle est - à savoir si certaines ambitions politiques n'auraient pas eu intérêt à mousser l'instrument de leur rhétorique en assaisonnant à leurs sauces certains versets, au cours du premier siècle de tradition orale coranique, voire d'écarter arbitrairement certains hadiths apocryphes, à l'instar de ce que firent Rome et Constantinople sous le joug impérial, en dépit de sources écrites qui peuvent aujourd'hui témoigner de cette histoire oubliée autrefois mis au banc de la tradition orale dans le dernier cas.

     Toujours est-il que la Révélation supposée de Dieu à Mahomet, cristallisée dans le Coran, serait bientôt porteuse des germes de l’essor d’une intelligentsia riche, en décrivant la science comme un instrument permettant sinon de comprendre Dieu, insaisissable, au moins de L’appréhender en comprenant la qualité de Sa Création. La diffusion de l’Islam aux carrefours intellectuels de l’époque qu’étaient l’Égypte, la Perse, l’Inde et la Turquie en ferait la lumière permettant au monde arabo-musulman de dominer pendant plus d’un millénaire les domaines scientifique, mathématique, philosophique et culturel, face à une Europe, notamment, aveuglée derrière les voiles de l’obscurantisme médiéval.

     Il y a plus d’un siècle, toutefois, la colonisation de pays musulmans par des puissances européennes aura forcé à remettre en question le dogme de la supériorité musulmane, portant coup après coup sur une civilisation humiliée de se voir ainsi inféodée à l’oppression de nations hier encore arriérées. Un certain paroxysme aura été atteint lorsqu’un coup ultime fut porté, aux lendemains de la Première guerre mondiale, alors que l’Empire Ottoman, fleuron du monde arabo-musulman, fut défait par les forces de la Triple-Entente, puis démembré par le Traité de Sèvres. En 1923, la monarchie prenait fin en Turquie, puis en 1924, le califat – institution très différente quoique comparable à la papauté pour l’Islam  - était aboli. Entre temps, la France et l’Angleterre, violant les promesses contractées avec les peuples arabes au cours de la Grande guerre, grignotaient les reliquats de l’Empire Ottoman en établissant un chapelet de protectorats et de « mandats » de la Société des Nations sur les anciens territoires du Califat.



     Dès lors, émergea, au sein du monde arabo-musulman, un courant de pensée nourri par certains rhétoriciens courtisant le pouvoir, déchiffrant les causes de la domination du monde musulman – et selon eux, de sa déchéance - par une distance prises par rapport aux enseignements intégraux, donc littéraux, du Prophète. Ils en appelèrent donc à un retour aux sources de l’Islam et aux coutumes de l’époque, ce qui permettrait, en créditant leurs discours, de renverser la vapeur en tirant des leçons de l’histoire et en restaurant l’âge d’or de cette époque bénie. Rapidement, beaucoup en appelèrent à la reconstruction, souhait légitime jusque dans une certaine mesure, du califat historique. Ainsi naquit le mouvement intégriste islamique contemporain. L’argent étant le nerf de la guerre, ce courant idéologique se verrait matérialiser dès ses débuts grâce à un financement pourvu par l’or noir, pour finalement dégénérer en ce monstre qu’est aujourd’hui l’État islamique, plus éloigné que jamais des enseignements du Prophète, professant une doctrine contraire au Coran, mais aussi préjudiciable aux fidèles de l’Islam et ayant profité de l’anarchie engendrée par la guerre civile syrienne et la faiblesse chronique de l’Irak pour mener à bien ses ambitions. Néanmoins, l’étymologie du mot « islam » – et son proche parent « musulman » - réfèrent à la soumission envers Dieu, donc éventuellement en son verbe exprimé par le Coran, pour ceux qui le conçoivent tel quel. En s’écartant du Coran, l’État islamique, impie, n’a donc d’islamique que de nom et ses partisans sont donc de faux musulmans, au sens littéral du terme.


     Enfin, l’opposition historique entre les religions aura toujours été plutôt d’ordre culturel que théologique ou spirituel, alors que leurs essences se conjuguent dans presque toutes leurs inflexions. Si l’intégrisme demeure bien présent au sein de tous les courants spirituels, religieux et sectaires – l’islam pas plus qu’un autre – celui-ci n’en demeure pas moins qu’une déclinaison parmi d’autres, d’un fanatisme témoignant d’un déséquilibre spirituel – la dimension spirituelle participant à la santé holistique de l’être humain comme il s’en dégage d’à peu près toutes les études portant sur le sujet - affectant tous les mouvements idéologiques et visant à pallier, bien inextinguiblement, la soif de sens qui en découle. Il n’en demeure pas moins que les avancées d’un certain extrémisme religieux auront permis de mettre en exergue nos propres déficiences sociétales, car bien qu’il n’y ait pas forcément de lien causal, force est de reconnaître que les terroristes de Charlie Hebdo, Montrouge et Vincennes étaient bien Français, tout comme ceux d’Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu étaient Canadiens, ayant été socialisés dans ces pays. Ainsi, dans une optique du vivre-ensemble, partout en Occident, les uns pourraient avoir intérêt à remettre en question des modèles identitaires et d’intégration hermétiques, sourds au dialogue et imperméables à la différence ; et les autres, au vide existentiel que proposent leurs modèles sociaux souventes fois impersonnels, individualistes et aseptisés, en réponse à l’insatiable faim de sens et de profondeur, notamment spirituelle, de l’être humain.

     Finalement, s’il y a des guerres, elles ne sont pas le fait des religions, mais bien de l’illusion matérialiste voilant le cœur des hommes et alimentant son ascendant fratricide le motivant à la domination de son prochain, sous des couverts identitaires ou économiques, au détriment de cet autre instinct d’évoluer dans l’Amour. Car telle est la valeur insigne, la véritable signification de ce combat manichéen partagé par toutes les conceptions du monde : stagner ou évoluer à travers le règne de la conscience.




« J’ai toujours su qu’au plus profond du cœur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire. » 
- Nelson Mandela

mardi 23 décembre 2014

Plein feux sur 2015

Les années se succèdent à un rythme presque aussi effréné que les évènements qui en marquent l’actualité et les rebondissements qui fondent la giration du cours de la vie et qui marquent le gré des saisons.

Chaque année entraîne son lot d’émotions de tout acabit, 2014 n’y a pas échappé et 2015 promet déjà une convergence de péripéties assorties de leur habituelle sapidité.

Il serait laborieux de tenter d’analyser dans le détail tous les aspects de cette année arrivée presque à son terme et particulièrement hasardeux de se commettre dans des bilans exhaustifs et des prédictions insipides, tant est que les conjonctures de l’histoire ne peuvent être lues et conçues comme des variables indépendantes, mais bien un Tout dont le présent résulte du passé et se porte garant de l’avenir.

En ce sens, je ne crois pas qu’il importe de se souvenir des tribulations de 2014 pour elles-mêmes, mais pour les réalités et la dimension métaphysique qu’elles dissimulent. En effet, l’année 2014 nous aura démontré avec quelle aisance la haine sait se nourrir de l’ignorance et comment cette ignorance, mue par une certaine illusion d’un absolu matérialiste, pourrait se faire le vecteur de la perte de l’humanité, dans un monde pourtant riche en nuances.

En 2015, efforçons-nous d’enclore en notre for intérieur, que tous les humains sont de même essence. Que l’on cite cette essence comme le Saint-Esprit, la Vacuité ; que l’on réfère à la théorie du chaos ou à la conscience spirituelle de l’être humain, tout concoure à nous rappeler que tous n’aspirent qu’au développement humain, ou plus exactement, à l’évolution comme je le développerai d’ailleurs dans mon essai éponyme à paraître au printemps prochain. Rappelons-nous que les cultures et toutes les réponses qu’elles proposent à des fonctions universelles permettant ultimement à l’être humain de se développer à travers toutes les dimensions de la vie et à son apothéose, la dimension spirituelle de son être ; ne sont que relativité soutenue par les aléas de l’isolement ayant historiquement distancé les communautés humaines les unes des autres et ne composent en rien un absolu.

En 2015, rappelons-nous que l’essentiel étant invisible pour les yeux, l’on ne voit bien qu’avec le cœur. En 2015, apprenons à intérioriser les tréfonds de notre âme, divine, à travers laquelle s’exprime la voix de la vérité, guidant au discernement présidant lui-même au libre-arbitre, la plus belle et la plus grande manifestation de la condition humaine, devant gouverner au combat et à la rédemption de l’existence terrestre, de nos rapports humains et de la sigillation de nos actions.

En 2015, rapportons-nous à notre essence et sachons écouter cette petite voix, non pas celle qui veut donner raison à nos plus bas instincts, mais celle qui viscéralement brûle de nous éclairer depuis les tréfonds de notre âme, dans le corridor exponentiel de l’amour.

En souhaitant à la chrétienté un très joyeux Noël, dans l’Amour de Dieu et la Paix du Christ ; et à toute la grande famille humaine, une bonne et surtout, meilleure année 2015, qu’elle soit ferment de grâce et de fraternité.



Samuel Samson